1er Symposium Romand de Médecine du Sport Pédiatrique

Le jeudi 13 mars a eu lieu au CHUV de Lausanne ce symposium organisé par deux collègues médecins du sport, le Dr Stéphane Tercier et le Dr Stéphane Borloz. Un succès garanti avant même le début des conférences, car les inscriptions limitées ont rapidement été dépassées, on y a donc joué à guichets fermés avec 150 personnes dans la salle, dont beaucoup de pédiatres, intéressés par cette (trop) rare formation liée au sport.

Vos deux médecins du sport, DrB et DrM, y ont assisté et nous vous offrons ici un court compte rendus avec les points clés des présentations proposées. L’après-midi était séparée en 2 parties, la première plutôt “médicale”, la deuxième plutôt “orthopédique”.

1. Les aspects médicaux

Drsse Isabelle Rochat-Guignard, Pneumologie pédiatrique, CHUV. Les diverses causes des difficultés respiratoires chez les enfants et adolescents pendant l’effort sont revues, avec comme premier élément à retenir: le plus souvent il ne s’agit pas d’asthme d’effort, mais plutôt d’un effort inadapté pour la condition physique du moment. L’asthme d’effort est souvent assez difficile à diagnostiqué s’il n’est pas associé à un asthme classique au repos ou avec déclencheurs typiques (allergènes). Le test préféré est l’hyperventilation eucapnique, qui va provoquer une baisse du volume expiratoire maximum en 1 seconde (VEMS) de 15-20% pour atteindre les critères diagnostiques. On peut aussi provoquer par l’effort, et le test classique sur tapis roulant consiste à faire un effort de 6-8 minutes à une intensité de 85-90% de la fréquence cardiaque maximale, puis on refait des mesures du VEMS à 1,3,5,10,15,30 minutes, Une baisse de plus de 10% de la valeur de base pré-effort est diagnostique. Un test de réversibilité est aussi possible, si une augmentation de plus de 12% du VEMS post inhalation de salbutamol est présente, ce critère est rempli.

Commentaire de vos médecins du sport: les tests de terrain sont préférés pour provoquer la réaction à l’effort. On préférera faire faire un effort intensif avec des intervalles par exemple en montée et aussi dans le froid extérieur. Il y a alors plus de chance d’avoir un test positif.

Dr Yvan Mivelaz, Cardiologie pédiatrique, CHUV. Intriguante présentation mettant en scène l’inspecteur Colombo, à la recherche du responsable de la mort subite du jeune athlète. Il nous tiendra en haleine d’un QT allongé, car d’autres facteurs

Schwartz score

(anamnestiques) jouent un rôle.tout le long de la présentation en passant en revue les coupables potentiels: les cardiomyopathie, qu’elles soient hypertrophiques, obstructives ou arrythmogènes du ventricule droit. A moins que ce ne soient les troubles du rythme cardiaque sur “channelopathies” complexes des Messieurs Wolff, Parkinson et White, ou encore des frères Brugada. N’oublions pas le traditionnel QT long avec ses critères de diagnostic pas toujours si évidents, tant la mesure doit être standardisée et les limites sont variables entre garçons (QTc plutôt 470 ms) et filles (QTc 480 ms), et entre les sociétés qui les énoncent. Retenons que le score de Schwartz (ci-contre) permet de prédire le risque lié à la présence du QT allongé.
Comment prévenir la mort subite, c’est là la question centrale, of course. Le dépistage passe par des questions sur la famille, sur des symptômes de type cardiaque à l’effort ou des syncopes, et surtout par la réalisation d’un électrocardiogramme, dont l’interprétation avant l’âge de 15 ans est actuellement floue. Plus tard, elle est rendue difficile par le fait que les sportifs ont des coeurs plus gros que les non sportifs, ce qui rend l’ECG plus dur à lire, car déjà un peu “anormal”. Toutefois les critères existent et s’affinent, et on peut les appliquer pour identifier les cas à investiguer plus loin (en général environ 5% des cas).

Mme Buchler della Torre, diététicienne, HUG (Genève). Un rappel sur la nutrition générale du jeune sportif et quelques points à mentionner. Quand on fait une charge en hydrates de carbones la veille d’une course par exemple, on va prendre un peu de poids (1g de CHO amène avec lui 3g d’eau), mais ce poids se dissipera en consommant son énergie dans la course. Une bonne boisson sportive peut être faite avec du jus de fruit coupé avec 50% d’eau. Un petit snack pratique pour préparer les entrainement de fin d’après-midi: pain d’épices, fruits secs, pain et miel/confiture. Pour la récupération post effort: un yogourt à boire fera l’affaire. Les besoins en protéines des sportifs sont mal compris, ils n’ont en général pas besoin d’ajout à l’alimentation équilibrée usuelle, soit 1-1.5g/Kg/jour. La créatine peut être utile pour la préparation aux activités explosives, mais pas de données sur la sécurité de son usage chez les enfants, si ce n’est qu’elle peut faire des troubles du transit (diarrhée). Le magnésium: les athlètes ont des besoins plus élevés, et une mesure voire une substitution pourrait s’avérer utile.

Commentaire de vos médecins du sport: le magnésium est systéamtiquement surestimé et il n’est actuellement plus conseillé de faire une mesure du Mg dans le sang, hormis en cas de maladie des tubules rénaux ou en cas de prise de médicaments causant une baisse de certains électrolytes.

Drsse Anne-Emmanuelle Ambresin, médecine des adolescents, UMSA-CHUV. “La puberté est une fusée qui fait démarrer les processus psychosociaux”. Elle s’est exprimée sur les comportements exploratoires (lire “à risque”) des ados, le mode de fonctionnement du déni et la pensée magique. La nécessité d’appartenance au groupe des pairs est primordiale, avec les besoins de rituels, tant les classique rituels de passage de la société ont aujourd’hui disparu. Les troubles du comportement alimentaires ont été abordés, avec notamment un risque de fracture 3x plus élevé chez les femmes qui ont eu un épisode d’anorexie nerveuse à l’adolescence.
Elle explique aussi le concept de pruning cérébral: perte des neurones inutiles avec la maturation, et amincissement du cortex, avec les zones frontales qui maturent plus tardivement. Ceci est lié aux comportements à risque plus importants, car la capacité d’anticipation se développe plus tard. Elle et ses collègues travaillent avec l’algorithme HEEADSSS (habitation, éducation, école, alimentation, drugs, sexe, safety, suicide), en n’oubliant jamais que 77% des ados ont consulté un médecin dans les 48h précédant le geste, même si 66% n’en ont alors pas parlé…Il faut alors poser les bonnes questions,et ne pas hésiter à aborder cette question chez un ado en détresse.

2. Les aspects orthopédiques

Dr Christopher Newman, neurochirugie pédiatrique, CHUV. Commotion cérébrale chez l’enfant. Le mécanisme lésionnel  est l’association de: coup, contrecoup et forces rotatoires (les plus délétères).
Mythe : cerveau de l’enfant récupère mieux.
Réalité : cerveau de l’enfant est vulnérable aux lésions diffuses.
La commotion cérébrale ne veut pas dire perte de connaissance. Seules 8 à 19% des commotions seront accompagnées par une perte de connaissance.
La post commotion : résolution en moyenne en 7 jours, 80-90% de résolution à 2 semaines, après 2 semaines : on parle de syndrome post commotionnel.
Complications des commotions: dementia pugilistica, encéphalopathie post commotion (parkinsonisme), dépression- suicide, syndrome du second impact (impacts rapprochés entraînant un œdème cérébral malin).
En pratique : Child SCAT3 (fiche pratique au bord du terrain ou lors du suivi). A lire : « sport related concussion in youth ». A visiter :parachute Canada.

Dr Dayer, orthopédie pédiatrique, HUG (Genève). Douleurs rachidiennes chez l’enfant sportif.
Prévalence a priori identique entre population générale et sportive. La spondylolyse en pratique:
-examen clinique : test en extension rachidienne unipodale : peu spécifique
imagerie : rachis Lombaire Face et Profil (peu d’intérêt des ¾ (sensibilité 32% et irradiation OGE)). IRM est bonne, faire les séquence STIR absolument (demander au radiologue).
-prise en charge : ne pas attendre la guérison osseuse, car rare (19% après immobilisation en corset) et non corrélée aux symptômes. Prise en charge fonctionnelle et modification de la pratique sportive avec évitement des hyperextensions provoquant les douleurs.

Pr Zambelli, orthopédie pédiatrique, CHUV. Croissance proprioceptive de la hanche. Croissance de l’articulation:
-Tête fémorale jusque 16 ans
-Acetabulum jusque 12 ans
-Pondérale, masse musculaire
Période de vulnérabilité pour cette articulation en croisssance autour de 12 ans. Douleur de hanche probablement associée à une inaptitude neuromotrice à maintenir la tête centrée et répartir les forces (= centricité).

Pr Accadbled. Genou de l’enfant sportif. Rappel des stades de fractures selon Salter et Harris.

Salter et Harris

Voilà! Un symposium quasi-marathon, avec des durée de présentations voulues assez courtes, mais pas toujours synthétiques. Un événement qui va certainement se répéter, car la demande et les besoins semblent importants. Une fois encore, la médecine du sport montre sa versatilité par les divers intervenants qui ont présenté leur domaine respectifs, chacun ayant un lien au sport et à la santé de nos enfants et adolescents. Au plaisir de vous y rencontrer.

DrB & DrM.

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