Le sport est-il vraiment si bon pour la santé?

C’est le titre d’une compilation d’interviews et reportages de la Radio TelevisionFocus 16mai2014 Suisse (RTS) autour du sport, postée sous l’émission #RTSFocus par Sébastien Bourquin (@BourquSe) du 16 mai 2014. Ce medley a attiré notre attention en raison des messages qu’il véhicule à notre sens et suite à quelques échanges avec plusieurs journalistes de la RTS sur les médias sociaux (Magali Philip : @magaliphilip, Thierry Zweifel @Zweifeth, et l’auteur de Focus) une réponse structurée et argumentée nous paraissait essentielle.

Ce zapping est constitué des parties suivantes, auxquelles nous allons tenter de donner un avis point par point :

  1. Introduction  (15 sec)
    15 sec où l’on évoque l’importance de l’activité physique pour la santé, en disant que « ce savoir est supposé suffire à nous convaincre de nous y mettre ». Aucune objection à ce commentaire d’introduction, si ce n’est que toute la suite ne va pas venir apporter d’éclairage à la question qui est présentée : Ce savoir suffit-il à nous convaincre de nous y mettre ? Au contraire, la suite va venir apporter des éléments qui devraient pousser les gens à ne pas s’y mettre, ou en tous cas pas pour des raisons de santé.
  2. Fitness/salle de gym (16 sec)
    Témoignage d’une femme de 40 ans que l’on voit sur un tapis roulant au fitness, qui dit qu’elle ne voit pas le côté santé, mais plutôt le fait que c’est lié à l’image. La voix off mentionne qu’elle paie 700.- CHF par année pour son fitness (cela est tiré de l’émission T.T.C. (« toutes taxes comprises », qui touche à des sujets liés aux coûts des choses en général).
  3. Images d’archive d’aérobic des années 80 (pourquoi ? rapport ?)
  4. Athlète professionnel en rééducation du genou (12 sec)
    « Mais toute une génération est aujourd’hui marquée ». C’est le début de cette séquence ou un athlète en rééducation du genou est présenté, en rappelant qu’une étude parle de 50% des joueurs de foot professionnels avec une arthrose de genou à 50 ans. On voit l’athlète grimacer en faisant un test de force maximale (isokinétique du genou) pour bien renforcer la souffrance évoquée par la voix off.
  5. Séquence archive 1983 d’un contorsionniste marchant sur les mains pendant une course (rapport ?)
  6. Homme d’une soixantaine d’année épuisé au sport, risque infarctus (15 sec)
    Interview d’un orthopédiste et médecin du sport, le Dr Harold Eisner, qui rappelle à très juste titre que l’activité intense peut ne pas être bien tolérée sans entrainement et peut mener à un infarctus chez quelqu’un qui aurait une pathologie cardiaque. Nous partageons complètement les propos du Dr Eisner. Le sport intensif au-delà de ses capacités peut causer de nombreux problèmes, à plus forte raison chez une personne prédisposée. Par contre ce que le montage ne permet pas de discuter, c’est que l’entrainement progressif et adapté à la personne, lui, permet de diminuer considérablement le danger d’infarctus en particulier, et des maladies chroniques multiples en général. Cette diminution de risque se chiffre de 30 à 50% selon les études et les problèmes regardés, mais avec une constance dans la réduction majeure de problèmes de santé survenant à long terme.Diapositive 1
  7. Le sport intense à haut niveau est contraignant pour l’organisme (13 sec)
    Le Dr Finn Mahler, médecin du sport à Meyrin, présente clairement le problème des contraintes à haut niveau qui nécessitent le respect du temps de récupération. Là aussi, nous saluons les propos du Dr Mahler. Le corps a son propre rythme qui doit être respecté, que nous parlions de sportif de haut niveau ou de personne qui s’y met pour la première fois, ce principe est au cœur de la prescription d’exercice et de l’entrainement adapté, dont les spécialistes aujourd’hui sont les personnes qui ont suivi une formation en activité physique adaptée, comme le propose par exemple la faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne (programme master des sciences du sport). Ce n’est pas le niveau final de capacité physique atteint qui sera le plus déterminant, mais la différence entre le niveau de départ et le point d’arrivée avec l’entrainement.
  8. La mort subite du jeune sportif (12 sec)
    Image d’un jeune footballeur professionnel inanimé (Piermario Morosini), décédé sur le terrain pendant un match en 2012. Le Dr Eisner en voix off évoque ce problème tragique qui peut survenir. Ces propos sont insérés complètement hors contexte. La mort subite du jeune athlète est un problème qui fait l’objet de beaucoup de débat dans le sport et la médecine. Elle est due à des malformations cardiaques qui sont difficiles à déceler et qui peuvent causer un arrêt cardiaque lors de circonstances particulières, l’effort en est une. C’est un événement qui reste heureusement extrêmement rare, entre autre car le dépistage qui est effectué chez les jeunes athlètes permet de repérer assez tôt certains de ces problèmes, avant l’événement fatal.  Malheureusement, la médiatisation extrême de chacun de ces cas survenant devant les caméras de télévision donne l’impression que c’est beaucoup plus fréquent que la réalité statistique ne nous le prouve, à savoir 1 sportif sur 200’000 par année. D’autre part les porteurs de ces malformations cardiaques pourraient aussi en décéder en dehors de l’activité sportive, celle-ci n’étant pas le seul élément déclencheur.
  9. Un hockeyeur professionnel retraité relate ses blessures (16 sec)
    Philippe Marquis, ancien hockeyeur de haut niveau, raconte ses blessures et séquelles, son interview étant agrémentée d’une séquence de jeu au hockey particulièrement violente avec un check agressif contre la bande. Ici à nouveau il s’agit du sport professionnel, qui plus est dans un sport qui est pourvoyeur de nombreuses blessures, parfois très graves. Le lien avec l’introduction du sujet sur l’activité physique et la santé est déjà largement oublié.
  10. Winston Churchill et son fameux : « No Sports ! » (14 sec)
    Une photo de Winston, cigare à la bouche, et la voix off rappelle que no_sportnous connaissons tous des personnes à la longévité exceptionnelle comme lui (il vécut jusqu’à 92 ans), et en réponse à ceux qui lui demandaient son secret de vitalité, il répondait: “No sports, a whiskey and a cigar!”. Trois bonnes raisons pour en faire l’ennemi public numéro 1 de la santé publique, puisque depuis qu’il a dit ces mots, les maladies chroniques ont progressivement explosé, et parmi les cinq facteurs de risque principaux, on retrouve : le tabagisme, l’alcool et le manque d’activité physique. Nous faisons aussi régulièrement référence à la citation de M. Churchill, en lui faisant porter le chapeau de la crise des maladies chroniques de la fin du XXe et début du XXIe siècles!

Le zapping se conclut sur les sages paroles de Winston Churchill, pour boucler une très courte boucle qui ressemble plutôt à des montagnes russes peu connectées entre elles. On commence en mentionnant l’activité physique et la santé, et en demandant si ce qui en est dit suffit à convaincre les personnes de s’y mettre. Les réponses données passent par les blessures du sport d’élite, le culte de l’image dans la société, le burlesque du contorsionniste de 1983 ou de l’aérobic devant sa télé (aussi 1983), la mort subite du jeune sportif, et les dangers du sport à outrance en général, en concluant par la sagesse d’un personnage historique : « No Sports », c’est finalement la réponse donnée.

Quelques commentaires

Comme point de départ, le constat universel que la santé des populations pose des problèmes majeurs depuis plusieurs décennies en termes de maladies chroniques non contagieuses (malades cardiovasculaires, respiratoires, métaboliques (diabète, obésité), neurologiques dégénératives, cancers et encore arthrose des articulations). Elles sont responsables de plus de 2/3 des décès prématurés de la population adulte et aussi de l’explosion des coûts de la santé (d’autres paramètres y contribuent aussi, c’est clair). Les Nations Unies font de la lutte contre leur progression une priorité globale absolue. La déclaration du sommet de New York de septembre 2011 est ici. Le manque de mouvement et la sédentarité sont des éléments clés du développement de nos sociétés depuis la fin de la 2e Guerre Mondiale, et les 60 dernières années ont vu progressivement les preuves s’accumuler quant à l’importance de l’activité physique et du sport dans la prévention et le traitement de ces maladies chroniques. On estime que 10% de la mortalité prématurée est due au manque d’activité dans le monde.

Une récente édition complète du Lancet (journal anglais de médecine et science, un des cinq journaux les plus prestigieux et respectés) au décours des JO de Londres expose les enjeux en terme globaux et appelle les pays, les dirigeants, les entreprises et les médias à prendre en compte ces questions et intégrer des stratégies pour favoriser la lutte contre la sédentarité.

En 2010, un groupement mondial d’acteurs intéressés et Toronto chartermotivés à faire avancer les choses pour le changement et la promotion de l’activité physique se sont réunis et on écrit la Charte de Toronto pour l’activité physique. Celle-ci décrit quelques étapes et principes pour commencer à promouvoir le mouvement, en notant bien que l’action doit être à de multiples niveaux pour avoir un effet majeur.

Dans toutes les stratégies recommandées et développées ici ou là à l’heure actuelle, un élément est absolument clair : le manque de mouvement est le problème principal. Tout mouvement respectant le corps et son rythme va amener des bénéfices en termes de santé durable et sociale. Le sport de haut niveau ne fait pas partie de l‘équation, ou du moins pas dans le but d’en encourager la pratique, car celle-ci amène son cortège de problèmes, dont certains ont été évoqués dans le zapping décrit ci-dessus. Le sport d’élite peut être un catalyseur pour développer des programmes sportifs sains à l’échelle régionale ou nationale, en utilisant une image positive comme véhicule de santé.

Le zapping de #RTSfocus se limite à présenter les catastrophes du sport, ses dérives, ou encore les dérives de la société cultivant l’image avant la santé. Nous appelons à une ouverture du débat sur la scène publique ou médiatique, afin d’éviter l’amalgame entre le sport professionnel et le sport pour la santé, de faciliter la compréhension des enjeux de l’activité physique, des acteurs de sa promotion, et des impacts économiques, sociaux et surtout individuels de sa pratique régulière, progressive et adaptée.

Pour les médecins du sport
Boris Gojanovic

One comment

  1. Cher Dr Gojanovic,
    Je me permets de réagir à l’article que vous avez publié sur votre blog le week-end dernier, en réponse à notre émission Focus du 16 mai dernier portant sur les dangers liés à la pratique du sport.
    Focus est un zapping produit à partir d’émissions de la Radio Télévision Suisse (RTS). Chaque semaine, nous compilons des extraits d’émissions récentes qui ont traité de la même thématique. Le but de ce clip de 2min30 est avant tout de reproposer des contenus de la RTS. Focus est donc un reflet des émissions diffusées sur nos antennes.
    Par ailleurs, nous tentons chaque semaine de dégager une thématique originale, des éléments nouveaux, moins connus du grand public. Nous abordons donc un angle bien précis. Le tout est recomposé « en mode zapping », c’est-à-dire que les extraits sont courts, s’enchaînent rapidement et que chacun ne livre qu’une information. Nous utilisons également des séquences décalées (souvent tirées de nos archives) pour animer notre montage.
    Concernant le dernier Focus, ma volonté n’était absolument pas de prôner la sédentarité, mais de présenter une autre approche de la pratique du sport : celle des risques pour la santé. Deux axes se dégageaient de plusieurs émissions récentes de la RTS :
    – La face cachée des sportifs professionnels. Elevés parfois au rang de dieu vivant pendant leur carrière, ils vivent un véritable cauchemar lorsqu’ils doivent prendre leur retraite prématurément, meurtris par les blessures. (« Quand le sport fait mal », Mise au Point du 11 mai 2014)
    – Les sportifs amateurs (qui parfois tentent de ressembler à leurs idoles) peuvent mettre leur santé en danger s’ils se lancent dans une activité physique sans entraînement et sans tenir compte de leur propre capacité. (On en parle du 27 février, Corpus du 13 mai)
    Notez que la séquence d’introduction pose comme base que l’activité physique est reconnue comme un bienfait pour la santé (Journal du samedi, 1er mars). D’où l’engouement pour les fitness, que certaines personnes fréquentent, il est vrai, avant tout pour soigner leur image (TTC du 12 mai).
    A cela s’ajoutent des extraits de nos archives. Les deux premières servent à illustrer l’engouement pour l’activité physique, avec les célèbres leçons télévisées d’aérobic de Véronique et Davina dans les années 80. La 3e (contorsionniste) est purement humoristique. Enfin, nous concluons souvent Focus par une note décalée, d’où le mot de la fin de Winston Churchill.
    Mais, excepté ce dernier passage, j’estime que notre vidéo véhicule un message de santé publique, même si ce n’est pas exactement celui que vous promouvez : le sport est certes bénéfique à petites doses, mais il peut entraîner de graves complications sans préparation ou lorsqu’il est pratiqué à outrance.
    Toutes les émissions citées sont proposées sur notre page http://www.rts.ch/focus
    Bien cordialement
    Sébastien Bourquin, journaliste à la Radio Télévision Suisse

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